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Le 17 avril 1942 naît, en Alsace, Catherine, Marie ,
Joséphine CONRAD dite Katia.
Suite à la projection du film réalisé par Haroun Tazieff "Les rendez-vous du
diable", Katia confie à une amie qu’elle souhaite devenir volcanologue. Katia
pratique l’athlétisme, la natation, le plongeon de compétition, le ski, le
cyclisme sur un vélo d'homme…Lors de la fête de son village, une nouvelle
attraction retient son attention :"La roue de la mort". Elle chevauche une moto
lancée à pleine vitesse sur les parois internes grillagées d'un cylindre et
défie les lois de la pesanteur grâce la force centrifuge.
1,63 mètre, yeux bruns, cheveux courts, sèche comme un pin, d'humeur toujours
égale, attentive aux autres, Katia est curieuse de tout, active, méthodique,
organisée, volontaire. Elle écrit, et peint, aime le thé vert, les bons vins,
et la cuisine chinoise et particulièrement les pattes de canard grillées. Le
sourire ne quitte jamais ses lèvres…un sacré bout de bonne femme !
Le 25 mars 1946 naît, en Alsace, Maurice, Paul KRAFFT dit Maurice où "Lucifer,
Boum, Boum" comme il se plaît à se présenter, parfois. Tout petit, dit-il, il
aime à sucer des cailloux.
Les premiers pas de Maurice dans le merveilleux monde des volcans l'emmènent à
l'âge de sept ans, lors de vacances familiales, sur les pentes du volcan
Stromboli, en Italie. Il est féru de paléontologie et entasse ses pesants
trésors dans le grenier de ses parents qui s'inquiètent de la surcharge
pondérale. A quinze ans, Maurice entre à la Société Géologique de France et
organise sa première expédition à vélomoteur sur les volcans du Massif Central.
1,83 mètre, yeux bleus, cheveux châtains bouclés, bâti comme un chêne, voix
chaleureuse, rire rabelaisien, rebelle à toute autorité, il porte un regard
critique sur les agissements de ses congénères. Armé d'un humour décapant, doté
d'une humeur massacrante quand les choses ou les êtres lui résistent,
allergique à la bêtise et à la vanité des choses humaines, Maurice est
brillant, pugnace, hargneux parfois, patient par obligation, doté d'une mémoire
d'éléphant, d'un charisme qu'il met à son service pour séduire, d'une capacité
de travail peu commune. Il aime le gingembre confit, emmenthal suisse sans
trou, les jolies femmes. Il fait sont travail sérieusement sans pour autant se
prendre au sérieux, bref, un adorable chieur!
Maurice et Katia fréquentent les bancs de la faculté de Strasbourg, Katia ceux
de la chimie, Maurice ceux de la géologie. Ils font connaissance, autour d’une
assiette de "knacks" et de frites au « Café de la Victoire », à Strasbourg et
se découvrent autour d'une même passion : les volcans.
Très vite, ils comprennent que s'ils veulent assouvir et exprimer leur passion
comme ils l'entendent ils ne pourront le faire au sein même des organismes
officiels. Ils choisissent alors une voie difficile, celle de l'indépendance
mais ce défi ne leur fait pas peur. Tout va très vite pour eux et les missions
se succèdent, en Italie, en Islande, en Afrique…Ils unissent leurs compétences
professionnelles en 1968 et créent "Le Centre de Volcanologie Vulcain". Pour
financer leurs nombreux projets, ils donnent des conférences, écrivent des
livres, réalisent des films pour la télévision, organisent des voyages
scientifiques pour le grand public. Les débuts sont difficiles, car ces libres
penseurs, sont considérés par la communauté scientifique de l'époque au mieux
comme des extravagants, au pire, comme des empêcheurs de tourner en rond.
Certains d'entre eux, jaloux de la réussite de leur défi et de leur liberté,
feront tout pour les discréditer tout au long de leur carrière.
En 1969, Katia reçoit le Prix de la Vocation de la Fondation Marcel Bleustein
Blanchet, fondateur de Publicis. Elle devient la première femme volcanologue au
monde. Par sa simplicité, par son travail, par son exemple, elle participe au
grand mouvement de l'avancée de la cause des femmes.
Ils se marient le 18 août 1970. Leur voyage de noces s'effectue en Grèce dans
un haut lieu du volcanisme, l'île de Santorin.
A la demande du gouvernement indonésien et sous les auspices de l'UNESCO ils
effectuent du 13 mai au 21 décembre 1971 leur première grosse mission dans cet
archipel, temple du volcanisme. Ils sollicitent l'aide de mécènes et adressent
plus de 2000 demandes aux industriels impressionnés par leur compétence, leur
volonté, leur enthousiasme. Ils obtiennent des bourses, des dons ou des prêts
en matériel, camions, voitures, matériel scientifique, nourriture…ou de simples
lettres d'encouragement.
Missions et conférences se succèdent. Aux Etats-Unis, ils sont surnommés les
"Volcano devils", les "diables des volcans" ou les "volcanologues les plus
rapides du monde". Il est vrai, que très souvent, ils arrivent les premiers sur
les sites éruptifs. Face à l'événement qui se produit, Maurice et Katia sont
très réactifs, ils prennent les décisions ensemble et assument le bon comme le
mauvais côté des choses. Ils entretiennent d'excellentes relations
professionnelles et d'amitié avec la communauté scientifique internationale. On
les voit dans tous les congrès. Ils représentent la liberté de ce que chacun
souhaiterait pouvoir faire mais qu'il ne peut réaliser face à la lourdeur des
contraintes administratives ou le manque d'ambition personnelle. On les voit
partout sur le terrain, Katia et son appareil photo, Maurice derrière
l'œilleton de la caméra. Ils se spécialisent dans l'étude de la phénoménologie,
dans un premier temps sur les "volcans rouges" et dans un second temps sur les
"volcans gris", les volcans tueurs.
Leur palmarès est exceptionnel. Pendant un quart de siècle, ils assistent à
plus de 175 éruptions, parcourent et étudient toutes les grandes zones
volcaniques du monde, exceptées celles de l'ex Union-Soviétique.
En 25 ans de carrière, ils écrivent une vingtaine d'ouvrages dont certains
traduits dans une dizaine de langues. En retranscrivant avec sensibilité les
émotions vécues sur le terrain, en synthétisant les connaissances de l'époque
sur le sujet, ils réalisent un travail novateur de vulgarisation scientifique.
Ils sont les premiers à écrire pour les enfants dès l'âge de cinq ans. Ils
transmettent leur amour indéfectible de la Terre dans un langage simple,
sensible, imagé et non édulcoré.
Plus de 4 millions de spectateurs, assistent enthousiasmés à leurs conférences,
séduits par le charisme de Maurice et la simplicité tranquille de Katia, la
"petite fiancée des volcans". Pour les besoins de leurs conférences, ils
produisent et réalisent 5 grands films d'une heure trente sur le volcanisme
planétaire. Toujours poussés par cette soif de transmettre, ils imaginent des
lieux accessibles à tout public où le volcan est à l'honneur et retrouve la
place qu'il mérite. Le Musée du Piton de la fournaise à l'île de la Réunion et
Vulcania, en Auvergne verront le jour après leur disparition.
A une époque où la spécialisation est de rigueur, Maurice et Katia ont une
vision globale de leur sujet. Ils s'intéressent à tout ce qui touche de près ou
de loin au monde des volcans. Ces globe-trotter des volcans constituent une
collection unique d'échantillons et d'objets liés au volcanisme. Ils collectent
avec gourmandise et acharnement peintures, gouaches napolitaines, gravures,
photos et cartes postales anciennes, bandes dessinées, objets, ouvrages
anciens, incunables, publications. Tout ce qui a trait au volcanisme excite
leur intérêt. Ils constituent ainsi la plus grande bibliothèque, photothèque et
filmothèque au monde sur le volcanisme.
Aujourd'hui, on peut les considérer comme les témoins actifs privilégiés des
colères de la Terre de cette deuxième moitié du 20ème siècle. Ils ne se
contentent pas d'être de simples témoins mais des acteurs incontournables par
leur action de vulgarisation sur la prévention des risques volcaniques, auprès
des populations qui vivent au pied de ces turbulentes et dangereuses montagnes.
Libres de leurs mouvements et libres penseurs, indépendants financièrement ils
s'inscrivent dans la grande épopée des curieux, des savants, des scientifiques
qui se sont attachés de tout temps, à aimer, à comprendre à transmettre leur
passion.
 gés respectivement de 45 et 49 ans Maurice et Katia Krafft périssent le lundi
03 juin 1991 à 15H 18, victimes du souffle chaud et délétère d'une coulée
pyroclastique émise par le Mont Unzen situé sur l'île de Kyushu au Japon.
Depuis leur disparition, personne n'a repris le flambeau avec autant de
compétence, de charisme, de courage mais aussi d'humilité, d'amour et de
volonté, dans l'étude, la compréhension et la transmission des connaissances de
ces phénomènes qui dépassent l'entendement humain.
André DEMAISON
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