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Les anecdotes écrites par André Demaison
Les clips réalisés par Maurice Krafft

COLO - UNA UNA (Indonésie)

Mission de Maurice et Katia KRAFFT du 14 août au 04 septembre 1983

Durant les quinze premiers jours du mois de juillet 1983, les habitants de l'île d'Una Una, au nord de l'archipel indonésien, subissent avec résignation les effets des séismes qui font vibrer les meubles, glisser les objets posés sur les tables et les étagères. L'apparition de fumerolles, dans le cratère du Mont Colo, incitent les autorités à la prudence. Ils décident l'évacuation, dans l'urgence, des 7000 habitants de l'île.
Le 17 juillet, après 83 ans d'assoupissement le Mont Colo explose dévastant plus de 90% de la surface de l'île.

Après 36 heures de transports depuis Jakarta, combinant l'avion, la voiture, le prahu et le bateau à moteur, Maurice et Katia aperçoivent enfin, au loin, une île fantôme, grise, aux crêtes saupoudrées de cendres.
Le volcan s'est calmé.
De temps à autres, de petites explosions éjectent de lourds panaches de cendres, des blocs, des nuages de vapeur d'eau, à plus de mille mètres d'altitude, rien de comparable à ce qui s'est produit quelques jours auparavant.
Seule une bande de terre a été épargné par la dévastation.
Maurice et Katia accostent sur ce qui devait être une jolie plage de sable noir. Les objets de la vie quotidienne flottent, ballottés par le ressac. Ils passent au milieu des maisons éventrées, disloquées, traînées sur des dizaines de mètres par les effets d'un tsunami consécutif à l'éruption.
Quelques cocotiers subsistent encore supportant avec peine le poids des cendres accumulées sur leurs palmes.
Des animaux rescapés, affamés, bœufs, zébus, chèvres, canards, chiens, chats…errent, dans une quête désespérée d'eau et de quoi survivre encore un peu.
Maurice et Katia avancent silencieux dans le village abandonné.
La chaleur provoquée par la réverbération du rayonnement solaire sur les cendres est suffocante. Chaque pas soulève un nuage de cendres impalpables. Dans une maison, le couvert était mis, attendant ses convives. Les assiettes, les fourchettes, les couteaux, le service à thé sont habillés d'une croûte compactée de cendres. La surface des objets en bois, en bambou, sont brûlés d'un seul côté, du côté du volcan. Les livres, les papiers sont roussis superficiellement et tombent en cendres dès qu'on veut les toucher.
Une odeur de décomposition flotte dans l'air. Le temps est comme suspendu fixant à jamais l'instant de la catastrophe. Pas un souffle d'air, pas un bruit ,ne serait-ce qu' un cri d'oiseau pour laisser à ce qui reste de vivant une illusion d'espoir. Maurice et Katia progressent dans les rues du village. Plus ils avancent et plus l'épaisseur des cendres est conséquente et plus l'impact de la coulée pyroclastique se fait ressentir.
Les toits de tôle sont criblés d'impacts et défoncés par des blocs. Les cocotiers étêtés, déracinés, entremêlent leurs troncs en un lacis difficilement pénétrable. A la sortie du village, il ne reste rien de la cocoteraie ou si peu de chose,
une plaine de cendres d'où émergent des troncs calcinés.
Une nouvelle explosion, générant des panaches de cendres et de vapeur, fait écran au soleil et jette un voile de ténèbres angoissant sur cette terre dévastée. La couleur de la mer devient d'un bleu d'encre.
Maurice et Katia scrutent régulièrement dans la direction du volcan dont on ne peut apercevoir le sommet.
Ils reprennent le bateau pour faire le tour de l'île.
Tout a été nivelé, les collines arasées, il n'y a plus de trace des autres villages.
Le jour de l'éruption, la coulée pyroclastique déferle par le bord ébréché du cratère. Elle s'épanche empruntant la voie tracée par une vallée et termine sa course en surfant sur la mer.

Le lendemain, à 11h 45 du matin, alors qu'ils sont à bord du petit bateau à moteur et encore loin de l'île, une gigantesque éruption démarre.
Le panache dense de gaz brûlant, de cendres, de blocs est énorme. Il se développe rapidement pour atteindre plusieurs kilomètres de hauteur. Des volutes en choux-fleurs bourgeonnent et naissent des volutes existantes. Le panache enfle démesurément. Au-dessus de ce panache d'un noir bleuté se développe un panache de vapeur immense emporté par un vent d'est. Alors que les panaches continuent leur expansion, des coulées pyroclastiques débordent concentriquement du cratère, enflent, développent leurs volutes comme au ralenti, coulant sur les reliefs. Le soleil est au zénith et ne peut éclairer cette scène gigantesque. La mer est calme mais colorée d'un bleu marine irréel, le ciel est blanc de vapeur et noir de cendres. Les nuées coulent, poussées par celles qui suivent. Les lourdes volutes se développent, s'étirent puis se dissipent en un nuage gris opaque masquant la base du volcan.
L'éruption va durer cinq heures.
De l'île, l'on ne devine presque rien, si ce n'est un petit trait de terre noire soulignant l'horizon. L'île est avalée, submergée par les lourdes volutes en expansion horizontale.
Le panache s'élève, enfle, se stabilise à une hauteur de plusieurs kilomètres. Les cendres emportées par les vents retombent en des traînées fuligineuses.

Hier, à la même heure, Maurice et Katia se trouvaient sur cette île, découvrant un village dévasté par l'éruption précédente, village aujourd'hui rayé définitivement des cartes.
Le soir même, Katia écrit dans son carnet de terrain : " Si on y avait été, on était cuit !"

André DEMAISON

Sources :
- carnet de terrain de Katia,
- Souvenirs personnels de conversations diverses recueillies de vive voix auprès de Maurice et Katia

 

 © Conservatoire Régional de l’Image–Nancy / Lorraine