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Les anecdotes écrites par André Demaison
Les écrits de Katia et Maurice Krafft
Les clips réalisés par Maurice Krafft

RUIZ (Colombie)

Mission de Katia KRAFFT du 17 au 30 novembre 1985

Le 13 novembre 1985, à 23h30, dans un fracas indescriptible, une avalanche de quarante mètres de hauteur déferle sur les flancs du volcan Nevado del Ruiz, en Colombie.
Ce mur mouvant constitué de boue froide dans un premier temps puis chaude par la suite, mêlé de glace, de débris de toutes sortes, progresse à la vitesse de 35 kilomètres heure. Il emprunte le chemin tout tracé d'une vallée ouverte sur la ville d'Armero, en contrebas .
A l'aube, les premiers rayons du soleil éclairent d'une lumière blafarde un paysage d'apocalypse.
La ville n'existe plus. A sa place, une chape de boue d'une hauteur de 5 à 8 mètres s'est mise en place, cimetière pour 22000 âmes.
Le 17 novembre, Katia est sur place avec un ami cameraman. Maurice donne une tournée de conférences en région lyonnaise et ne peut se soustraire à ses obligations.
Le spectacle qui attend Katia est terrible.
Par 35°C de température ambiante, une odeur suffocante de mort assaille les sauveteurs. L'odeur imprègne non seulement le corps mais marque l'esprit à jamais. Dans la gangue de boue non encore figée, les vestiges d'une ville gisent englués…témoins éparpillés de vies anéanties. Tôles ondulées, matelas, vaisselle, troncs d'arbres, voitures, réfrigérateurs, rochers arrachés, soulevés, déplacés, télévisions, vêtements…émergent en un chaos indescriptible d'une vague immense qui se pétrifie peu à peu.
Partout des cadavres, du sang, des corps mutilés, des animaux qui agonisent. Les chiens dévorent les victimes et attaquent les survivants. Partout de la boue, des morts et ce volcan dans le lointain si calme sous son manteau de neige.

Avec retenue, Katia témoigne, à sa façon, en photographiant l'insupportable. Comme une automate, à la limite de la nausée, Katia parcoure cet enfer fangeux et nauséabond. Elle progresse en équilibre instable, passant d'une planche à une tôle posées sur la surface mouvante. La déambulation dans ce champ de ruines où, mort et volcan sont associés si intimement, ébranle sa conviction profonde. Les éruptions volcaniques sont pour Katia parmi les plus beaux cadeaux que la Terre puisse offrir à l'être humain. Par leur beauté, leur sérénité et la démesure de leurs embrasements, ils incitent à la réflexion, à la sagesse, à l'humilité alors qu'ici, il n'y a que souffrances, horreur et résignation pour les rares survivants.
Epuisée psychiquement et physiquement, impuissante face à cette tragédie qui aurait pu être évité, elle abandonne ce lieu de désolation pour retrouver la vie. De retour à son hôtel, elle s'empresse de téléphoner à Maurice et lui fait partager ses doutes et ses visions d'horreur.

Le soir même, dans la présentation de sa conférence, beaucoup plus longue qu'à l'accoutumée, qu'il donne habituellement avant la projection du film, Maurice exprime son indignation face à des dirigeants qui n'ont pas voulu prendre les décisions qui s'imposaient.
Les scientifiques avaient averti les autorités depuis longtemps en recommandant l'évacuation de la ville d'Armero dès la fin du mois de septembre. Ils affirmaient déjà, à cette époque, dans de nombreux rapports, qu'il y avait une très forte probabilité que des coulées de boue dévastatrices empruntent les vallées autour du volcan. Ils dressent même une carte des risques qui se révélera exacte.
La communauté scientifique est bouleversée par cet événement.
Dès lors, Maurice et Katia, décident de réaliser un film sur les risques volcaniques, mettant ainsi des images sur des mots. Les mots restant souvent incompréhensibles pour les dirigeants gouvernementaux, les élus locaux et les populations, alors que les images rendent immédiatement perceptibles les dangers inhérents aux colères des volcans.

En 1991, alors que Maurice et Katia disparaissaient tragiquement dans l'éruption du Mont Unzen, au Japon, leur cassette sur les risques volcaniques est visionnée par les autorités des Philippines.
Ces images projetées permirent aux dirigeants de prendre la décision d'évacuer une zone autour du volcan Pinatubo. Des milliers de personnes furent ainsi épargnées évitant le renouvellement d'une tragédie, comme celle du Nevado del Ruiz.,

André DEMAISON

Sources :
- écrits de Katia,
- Souvenirs personnels de conversations diverses recueillies de vive voix auprès de Maurice et Katia

 

 © Conservatoire Régional de l’Image–Nancy / Lorraine